MAGAZINE CONVICTIONS

DOSSIER FINANCE

Chronique d'une crise WORLD WAR C(ovid 19)
 

Titre du site

Ce titre a été choisi pour les chroniques hebdomadaires en référence au roman World War Z de Max Brooks adapté au cinéma en 2013. Ce film américain, dont le héros/auteur est incarné par Brad Pitt, chronique l’évo-lution d’une infection mondiale qui contamine la population pour la transformer en zombies. La comparaison s’arrête là puisque le Covid 19 n’a pas tout à fait les mêmes impacts.

 

C’est indéniable, notre monde est entré en guerre contre une pandémie inédite et elle aura des conséquences importantes pour la suite des événements.

Pandémie Covid 19 : ce que nous venons de vivre

Sur le plan des marchés

Les marchés boursiers ont subi la baisse avec une chute de 30 à 40 % selon les zones, une stabilisation est intervenue rapidement autour de 4000-4500 points pour le CAC et de 2250-2500 pour le S&P 500. Celle-ci provient en partie du vote par les deux chambres américaines d’un plan d’aide et de relance estimé à 2 trillions de dollars, soit environ 10% du PNB américain.

 

Il y a eu ensuite un début de contagion sur les marchés obligataires du crédit, mais également souverains qui s’étaient plutôt bien tenus jusqu’à présent. Concernant le crédit aux entreprises, c’est jusque là une conséquence normale puisque nous sommes entrés en récession économique, peut être la plus importante depuis 1945, et que les défauts vont très certainement être de grande ampleur.

 

Pour ce qui est des obligations d’États, l’évolution correspond probablement, à l’instar de ce qui se passe sur l’or, à la liquidation des actifs ayant bien performé pour combler les pertes subies ailleurs. Cela ne correspondait pas (ou bien pas encore) à des craintes concernant l’ex-plosion des déficits budgétaires futurs. Néanmoins, la BCE a sorti le « bazooka » en achetant pour 750 milliards d’obligations (le chiffre parait astronomique mais cela ne correspond qu’à environ 16% du bilan de la Banque Centrale). Ainsi, la volatilité des marchés a été limitée par cette mesure.

En revanche, le marché du pétrole a subi des mouvements extrêmement significatifs avec une baisse sous les 20 dollars le baril qui a été suivie par un rebond de 25% en une seule journée. Le marché du pétrole est l’objet à la fois d’un choc de demande avec la chute de la consommation liée à l’épidémie et un choc d’offre dû à la guerre sans merci que se livrent les saoudiens, les russes et les producteurs de pétrole de schiste américains.

 

La bourse américaine a connu sa meilleure semaine (du 13 au 17 avril) depuis 1974. Il semblerait que les marchés fassent abstraction des 6-12 prochains mois et se concentrent sur l’avenir. Ils ont également été aidés par la décision surprise de la FED d’étendre son programme de rachats d’actifs aux obligations de faible qualité, dites «high yield».

Une embellie s’est ensuite installée avec deux semaines consécutives de hausse. Le nouveau plan de la FED qui vise, pour la première fois de son histoire, à intervenir sur les obligations à haut rendement, les plus risquées, aurait pour objectif de renflouer les investisseurs ayant subi des pertes significatives en espérant que tout reparte comme avant.

Nos convictions

► Nous avons privilégié une stratégie prudente

 

► Nous nous intéressons à des actifs dépréciés comme les pétrolières et le crédit

 

► Nous avons sous pondéré les marchés actions

 

► Nous surpondérons le dollar US

Sur le plan sanitaire

Cette pandémie a la particularité d'être mondiale et de toucher un grand nombre de pays de manière plus ou moins intense. Depuis le début de la pandémie, nous avons suivi plus particulièrement deux variables : L’Italie qui a été un indicateur avancé pour l’Europe et la situation américaine.

 

Les nouvelles en provenance d’Italie ont été vite encourageantes avec une stabilisation puis une diminution du nombre de nouveaux cas quotidiens. On a pu également constater, en Chine, le début de la levée du confinement.

En revanche, aux USA la progression du virus s’est accélérée en l’absence d’un consensus absolu sur la gravité de l’épidémie, et l’impact de la pandémie a été d’une ampleur sans précédent. Les autorités américaines ont clairement pris du retard dans la gestion de la crise.

Alors que l’Italie inversait sérieusement la courbe, en France, le nombre d’entrées nettes en réanimation à partir de mi-avril est devenu négatif (plus de sorties que d’entrées). Outre atlantique, on a constaté dans la même période, une amélioration similaire dans les chiffres. L’inquiétude reste néanmoins présente quant à une diffusion ultérieure de l’épidémie dans les Etats moins riches et structurés du sud des USA. Cependant, les stratégies de levée partielle du confinement commencent à être envisagées de façon prudente dans certains pays comme l’Autriche, le Danemark et même l’Espagne. En France, le Président Macron a annoncé une levée du confinement le 11 mai.

 

À New York, le plateau épidémiologique a été atteint. En revanche, le consensus politique aux Etats-Unis semble se fissurer avec des manifestations, certes très minoritaires mais assez virulentes, contre le confinement en Virginie, dans le Michigan ou bien le Wisconsin. Les sorties de confinement commencent à se matérialiser en Europe avec un retour très progressif à la normale qui a commencé à partir de début mai.

Concernant vos portefeuilles

Nous avions adopté une attitude prudente en fin d’année et nous avons continué à alléger nos positions lorsque nous avons constaté l’ampleur de la crise. Ceci est désormais terminé et nous commençons à étudier différents secteurs notamment l’énergie qui ont été très sévèrement sanctionnés.

 

De même, nous commençons à alléger certains actifs ou couvertures qui nous ont permis de résister au choc. Nous nous intéressons maintenant à des actifs qui ont été excessivement dépréciés à notre sens comme les valeurs pétrolières ou bien le crédit aux entreprises de qualité dit « Investment Grade », en particulier aux USA. En effet, ce dernier marché à bien corrigé et reflète le risque accru de défaut des entreprises. Il est également soutenu par les achats des différentes Banques Centrales.

 

Dans ce contexte inédit, notre positionnement défensif matérialisé par une forte sous-pondération des actions et une surpondération du dollar US s’est avéré payant et nos portefeuilles ont d’ailleurs très bien résisté depuis le début de l’année. Nous restons particulièrement vigilants et nous n’hésiterons pas à profiter de la volatilité des marchés pour saisir d’éventuelles opportunités d’investissement.

 

Il y a eu un rebond technique à la suite de la très forte baisse du début de crise. Cependant, l’ampleur de ce dernier nous a surpris notamment aux USA. En effet, cette hausse semble avoir reposé sur un mélange de croyance en l’omnipotence des Banques Centrales et d’excès opti-miste sur la découverte rapide d’un traitement, comme l'a montré la réaction enthousiaste à l’annonce de Gilead sur son traitement. Nous n’avons pas de doute sur le succès éventuel des recherches mais nous pensons que cela devrait prendre plus de temps.

 

Nous avons donc suspendu nos achats et attendons de voir les prochaines évolutions des marchés.

Comparaison avec d’autres crises d’ampleur similaire

La crise de 1929

 

La lecture de différents médias et même le discours de certains responsables politiques laissent parfois poindre des références à la plus grande crise économique de l’histoire :

la crise de 1929.

 

Effectivement, de façon plus générale, on peut constater certaines similitudes entre la période actuelle et l’entre-deux guerres pris au sens large :

 

Ce sont deux périodes qui auront été marquées par des épidémies mondiales, même si la grippe espagnole aura été autrement plus meurtrière, surtout pour les populations européennes affaiblies par la première guerre mondiale.

Une double crise boursière en 1929 et 1937, dont le premier épisode précède une montée en puissance générale des populismes, même si Mussolini avait accédé au pouvoir en Italie dès 1922.

Des guerres commerciales qui mettent fin à une mondialisation poussée avec le fameux Smoot Hawley act de 1930, partiellement abrogé par Roosevelt en 1934.

Enfin, un élément qui s’annonce d'actualité : les plans de relance similaires au « New Deal » de Roosevelt.

 

Cependant, il existe un élément déterminant qui empêche toute comparaison significative entre les deux périodes du point de vue économique : la gestion économique de l’époque se fait dans le cadre de l’étalon-or.

 

Celui-ci établit une relation fixe entre la quantité de monnaie émise et la quantité d’or disponible qui se doit d’être conservée, limitant donc fortement les possibilités de création monétaire et qui n’a pas permis le sauvetage du système bancaire américain en 1930. La faillite partielle de ce dernier, plus de 9000 banques disparaîtront durant la période, accentue clairement la crise, transformant la récession de 1929 en une dépression mondiale dès 1933.

1974, la première crise pétrolière

En revanche, une autre crise plus proche présente à notre avis des similitudes plus affirmées avec la période actuelle même si elle est pourtant peu évoquée :

le premier choc pétrolier de 1973/1974.

 

Un choc économique exogène : il s’agit en premier lieu d’un quadruplement du prix du pétrole assorti d’un embargo partiel sur les exportations pétrolières à destination des USA décidé par l’OPAEP dans le cadre de la guerre du Kippour. Cette décision entraîna une quasi mise à l’arrêt des économies américaine et européenne fin 1973/début 1974.

 

Des économies et des instruments de politique économique fragilisés : ce choc se produit dans une période durant laquelle les pays développés sont déjà fragilisés par l’émergence des tigres asiatiques et la fin du système de gestion des changes en vigueur depuis la fin de la guerre. L’abandon du système de Bretton Woods en 1971 est un tournant qui, à l’instar de l’apparition des taux négatifs pour les politiques monétaires, marque la perte d’efficience des politiques de type keynésien.

 

Des réponses macroéconomiques ambitieuses : les politiques économiques mises en œuvre à l’occasion de cette crise seront de grande ampleur à la fois sur les plans budgétaire et monétaire. Les leçons de la crise des années 30 auront été retenues et le dernier excédent des comptes publics français date de 1974. Cela n’empêchera pas, malgré tout, une rupture forte dans les modèles de développement, la fin des trente glorieuses, avec la re-cherche d’une meilleure sécurité énergétique et l’apparition d’un nouveau concept économique : la stagflation (combinaison d’inflation et de stagnation économique).

Cependant, là encore, la comparaison touche à sa fin car le choc pétrolier correspond surtout à un très important transfert de richesses entre les pays producteurs et les pays consommateurs, ce qui n’est évidemment pas le cas actuellement. Le contexte aussi était différent, avec une inflation sous-jacente déjà en hausse et des pays faiblement endettés.

En ce qui concerne les pays producteurs de pétrole, on peut même considérer que la crise actuelle constitue un retour à la case départ. En effet, les 25 dollars le baril atteints la semaine dernière, correspondent, ajustés de l’inflation depuis 1973, quasi exactement aux 3 dollars le baril qui prévalaient avant le premier choc pétrolier.

 

En conclusion, si on devait retenir une référence historique, le choc pétrolier de 1974, avec les différences que nous avons listées, nous semble du point de vue économique, mieux correspondre à la crise actuelle que la grande dépression de 1929.

 

Macroéconomie : ce qui nous attend dans les prochains mois

Nous pouvons faire 3 constats à ce stade :

 

Nous sommes en récession et la fin de cycle que nous attendions est là : en l’espace d’un mois, nous sommes brutalement passé du plus haut historique à une crise brutale. Les entre-prises les plus faibles vont souffrir et il y aura des défauts.

Nous sommes dans une guerre contre la pandémie : cela signifie que les considérations budgétaires n’ont plus lieu d’être et on peut s’attendre à une explosion des déficits budgétaires dans les semestres qui viennent. La période des taux bas semble donc approcher de sa fin.

 En revanche, on peut constater qu’il n’y a pas de réelle perte de capital, ni physique, ni a priori humain. Cela signifie que lorsque l’épidémie sera endiguée, les entreprises qui survivront devraient pouvoir redémarrer sans entrave.

 

A l’instar de la crise de 2008, la crise actuelle se traduira par un fort recul de l’économie mondiale. Cependant, les similitudes s’arrêtent là car des différences notables sont à noter dans le positionnement des différents acteurs :

 

Les ménages : le surendettement de ces derniers au travers de l’immobilier avait été, dans de nombreux pays, l’élément déclencheur de la crise de 2008. En ce qui concerne 2020, les ménages seront les victimes indirectes du fait du chômage causé par la récession ainsi que des pertes qu’ils constateront sur leur épargne directe et indirecte (à travers les fonds de pension notamment).

• Les banques avaient été l’épicentre de la crise et étaient, pour certaines d’entre elles, virtuellement insolvables. Cette fois-ci, elles sont mieux capitalisées, elles ont moins prêté et sont soutenues par les Banques Centrales. Elles devraient en revanche souffrir de l’augmentation des défauts et leur rentabilité sera affaiblie mais cela n’est pas de nature, selon nous, à remettre en cause leur solidité.

Les États : en 2008, ils avaient pour certains brutalement récupéré une partie des créances insolvables de leurs systèmes bancaires et pour d’autres, fait face à des perspectives d’insolvabilité du fait de dépenses insoutenables en période de récession. Ils avaient été contraints par la suite à un ajustement parfois drastique des dépenses publiques. Cette fois, ils devront soutenir la demande finale par une augmentation sensible des déficits et des taux proches de zéro, voire négatifs, qui constituent une invitation à le faire à moindre coût.

Les entreprises : victimes de l’effondrement de la demande en 2008, elles seront cette fois-ci au cœur de la crise. En effet, du fait de la faiblesse de la croissance, un certain nombre d’entre elles avaient eu recours à l’effet de levier de l’endettement en empruntant, notamment sur les marchés obligataires, pour doper leurs résultats. Cette fois-ci, la disparition de leur chiffre d’affaires devrait conduire les plus faibles d’entre elles à la faillite.

Pour en finir avec ce comparatif, si le terme financier, symbole de la crise de 2008 était « subprime », celui de 2020 devrait être, « leverage » ou effet de levier.

Pour faire face à la crise de 2008, la réponse économique a été avant tout monétaire avec des émissions de liquidités (aussi appelées « quantitative easing » ou QE) et des politiques de taux bas destinées à soutenir le secteur bancaire et les États porteurs de dette. Cette politique monétariste visait à stimuler le crédit et la demande finale. Mais les banques l’ont surtout utilisée pour réparer leur bilan, sans vraiment augmenter leur concours à l’économie en l’absence de demande réelle. En termes techniques, la vélocité de la monnaie s’est effondrée. En fin de compte, cette politique a permis d’éviter une récession déflationniste mais n’a jamais permis un rebond significatif de l’activité, ni de l’inflation. Elle a également eu pour conséquence d’alimenter l’usage de la dette pour doper les rendements.

 

Devant l’inefficacité relative des politiques monétaristes, une nouvelle approche a été développée sous le vocable MMT « Modern Monetary Theory ». Cette dernière, d’inspiration très keynésienne, préconise que les politiques économiques soutiennent directement la demande finale, soit par le financement par les banques centrales des déficits budgétaires, soit par l’envoi direct d’argent aux citoyens (aussi appelé « Helicopter Money »). C’est probablement, ce vers quoi nous nous dirigeons post crise avec des plans qui prévoient des subventions di-rectes aux USA, à Hong Kong et des prévisions de déficit budgétaire supérieures à 10% dans de nombreux pays.

 

Ces politiques radicales ont déjà montré leur efficacité pour relancer l’économie après une crise. Cependant, elles devront être coordonnées à l’échelle mondiale et seront génératrices d’inflation à terme.

Giorgio Morandi - Nature morte

Ce que nous venons de vivre

Ce que nous venons de vivre

Les conséquences de la crise pour l’Euro

A sa création en 1999, l’Euro semblait répondre à deux impératifs :

Marquer l’achèvement du marché unique européen en se débarrassant des fluctuations monétaires intempestives. Qui se souvient encore du casse-tête des montants compensatoires monétaires sur les marchés agricoles ?

De façon plus générale, créer, un peu dans une vision marxienne, une infrastructure commune qui déterminerait une superstructure politique amenant à une mise en commun de plus en plus poussée des politiques économiques.

Cependant, la devise a été lancée avec deux défauts importants :

La devise n’était pas complètement achevée du point de vue technique.

Les fondateurs n’anticipaient pas la réaction des acteurs à la création de la devise : l’accroissement des endettements publics et des bulles immobilières, face à la baisse des taux d’intérêt générée par la nouvelle devise. La crise de 2011 et 2012 a mis en lumière ces défauts. Ainsi, après quelques négociations au bord du précipice et quelques acrobaties juridiques à l’égard du statut de la BCE dirigée par M. Draghi, la crise a pu être évitée et la structure de l’Euro s’est trouvée renforcée par l’élar-gissement de facto du rôle de la BCE, seule véritable institution pan européenne, la création d’un régulateur macro prudentiel bancaire européen et la création d’un fonds d’assistance, le Fonds Monétaire Européen.

 

Cependant, en dépit de cette crise, quatre problèmes restaient en souffrance pour que l’Euro devienne une devise techniquement aboutie :

 

Un problème économique : l’ensemble des défauts macroéconomiques ont globalement été gommés à l’exception d’un seul : le niveau d’endettement de l’Etat italien. Ce dernier est très important et représente environ 130% du PIB. Cependant, à la différence de la situation grecque, l’Italie affiche un léger excédent de ses comptes courants avec un niveau d’endettement légèrement inférieur à l’épargne des ménages italiens. Néanmoins, le triste état des finances italiennes empêche une relance significative de son économie qui végète ainsi que l’assainissement de son système bancaire.

L’état d’une partie des banques italiennes empêche également la création du dernier élément entérinant la création d’un marché unique bancaire : la création d’un fonds européen de garantie des dépôts. Cependant, quelques timides avancées sur le sujet ont pu être constatées.

Il manque une vraie obligation de référence pan européenne. Le choix du Bund, l’obligation allemande, est un choix par défaut qui n’est pas

vraiment représentatif de l’ensemble de l’économie européenne.

• Enfin et surtout, la dernière pièce manquante est un mécanisme budgétaire commun qui permette d’aider les pays subissant un choc économique.

 

Le dernier point est effectivement un point saillant du débat actuel qui oppose de façon un peu simpliste, les pays du sud favorables au lancement d’outils budgétaires communs, aux pays du nord tenants de «l’ordo libéralisme» (respect des règles juridiques, conservatisme fiscal), qui insistent sur la nécessité de purger les déficits antérieurs avant d’envisager la mise en place de mécanismes européens.

 

Avant d’évaluer les perspectives de l’Euro, il convient d’ajouter une nouvelle donnée fondamentale. Comme évoqué en introduction, la sortie de la Grande Bretagne de l’UE a fortement accru l’identification entre la construction européenne et l’Euro : 4 pays (Bulgarie, Croatie, Hongrie et Roumanie) ont vocation à l’adopter à terme et désormais, seuls 4 pays membres (Danemark, Pologne, république Tchèque et Suède), n’affichent pas d’intention de rejoindre la monnaie commune.

 

Le fait que l’Italie soit l’épicentre de la crise est clairement un élément de fragilité pour l’Euro. Cependant, on peut noter quelques mouvements encourageants :

A défaut d’emprunts communs qui restent un anathème pour certains pays, ce qui serait au passage juridiquement compliqué à réaliser, l’Union Européenne pourrait émettre des obligations sur une échelle inconnue jusqu’ici pour financer une partie du chômage partiel européen ainsi qu’un plan de relance. On parle de plus d’une centaine de milliards d’euros.

Le principe de la solidarité a été partiellement acté avec la création d’un fonds médical et l’assouplissement des conditions d’accès au FME.

 

En conclusion, la situation italienne est préoccupante et reste le principal obstacle à une pérennité sereine de la monnaie unique. Par le passé, l’Union a su faire preuve de solidarité, parfois de manière brutale ou désordonnée mais malgré tout réelle. Aujourd’hui, 80% de la dette grecque sont détenus par des entités publiques européennes et celle-ci ne paye quasiment pas d’intérêts. De plus, la Grande Bretagne, principal héraut de l’approche purement « marché », ayant quitté l’Union nous estimons que la vision du projet politique, devrait finir par l’emporter, éventuellement après quelques frayeurs

Paul Cézanne- Baigneurs

Politique et société : l’impact de la crise à moyen terme

Les premières conséquences politiques et sociétales commencent à se dessiner. Nous pouvons donc tirer quelques leçons de la crise du Covid-19 d’un point de vue politique :

La crédibilité du Parti Communiste Chinois est entamée : l’annus horribilis de Xi Jiping se poursuit. En dépit d’une campagne de communication à base d’envoi de matériel médical et d’experts tous azimuts, il sera difficile d’oublier que l’épidémie est venue de Chine, et surtout que l’absence de transparence et de réponse immédiate a contribué à sa diffusion et à sa sous-estimation par les autorités sanitaires mondiales. La population chinoise risque également de ne plus se satisfaire uniquement d’une augmentation de son niveau de vie mais va ac-croître ses demandes en matière de responsabilité politique, surtout en cas de nouvelle crise.

La compétence des populistes mis en cause : à la fin de la crise, on risque de s’apercevoir que les pays dirigés par des dirigeants populistes (USA, Russie, Brésil) ont dans l’ensemble proposé une réponse moins efficace à la crise. En effet, leur inclination pour les réponses simplistes, musculeuses et la recherche de boucs émissaires peuvent permettre de gagner des élections, mais semble contre-productif dans le cadre de la lutte contre l’épidémie. En outre, la propension de ce type de leader à mépriser d’une part les avis d’experts et d’autre part les élites technocratiques a entravé les réponses sanitaires et organisationnelles à la crise.

 

Les ambivalences de l’Union Européenne : comme habituellement en cas de crise, le repli sur soi a prévalu en début de crise avant que la solidarité ne se réaffirme. Pour le moment, la solidarité est plus sanitaire que financière et le fait que l’Italie qui représentait déjà le point faible de la zone euro avant la crise, soit le pays le plus touché peut poser des problèmes à terme.

Ce sera, espérons-le, l’occasion de parachever la construction de la zone euro en apportant les deux éléments manquants : un instrument de dette mutuel et transnational et un peu de solidarité budgétaire. A défaut de « Coronabonds » mutualisées, il est possible que pour la première fois, l’Union Européenne puisse émettre de la dette en tant qu’entité souveraine pour aider à la sortie de crise. Concernant la zone euro, notre seule crainte est qu’il soit nécessaire de subir une crise quasi existentielle pour que ces progrès se matérialisent.

 

L’ère du « G0 » vs G7 ou G20 : ce dernier terme inventé par le géopoliticien Ian Bremmer reflète l’absence de leadership mondial et de réponse coordonnée à la crise. Chaque pays a géré cette crise mondiale de façon individuelle ou bien au niveau de blocs locaux. Le monde devient multi polaire et même l’élection d’un dirigeant plus traditionnel à la Maison blanche n’inversera probablement pas cette tendance.

 

Quant aux conséquences sociétales, elles seront nombreuses avec probablement des interrogations sur la globalisation, le développement de l’économie numérique et de ses conséquences, notamment en matière de libertés publiques.

 

On assiste également à un test grandeur nature sur l’efficacité du télétravail qui pourra avoir à terme des conséquences sur l’aménagement du territoire. Le retour en grâce de l’expertise en général et la mesure objective des conséquences de l’activité économique en matière d’environnement devrait influer le débat sur la transition écologique.

 

Enfin, surtout dans le monde anglo-saxon, le choc de la crise sur les systèmes de santé devrait favoriser le retour de l’Etat (le « big government »). Une chose est sûre, tous les constats que nous venons de faire produiront des effets durables en matière de croissance économiques pour les années qui viennent.

En guise de conclusion, nos convictions sur l’avenir

Un choc déflationniste d’ampleur mondiale

A travers la crise du Covid 19, l’économie mondiale a subi un choc d’une ampleur supérieure à la crise de 2008 avec une baisse estimée de la production mondiale de - 3% en 2020 (mais plus proche de 7% dans les pays occidentaux) contre seulement - 1,7% en 2009. Ce choc sera d’abord déflationniste du fait de la quasi-disparition de la demande mondiale pendant deux à trois mois selon les régions. La crise s’articulera probablement en deux phases: une phase sanitaire dont nous sommes en train de sortir très progressivement et une « réplique » plus économique ou les entreprises qui n’ont pas pu supporter l’impact disparaîtront.

A la différence de la plupart des crises précédentes, l’origine de celle-ci est de nature exogène mais elle frappe des économies affaiblies avec notamment une économie américaine dont le cycle a été artificiellement prolongé et des taux négatifs, symptômes de politiques monétaires ayant touché les limites de leur efficacité. A la différence de 2008, l’épicentre de la crise ne se trouve pas dans le secteur bancaire mais plutôt sur les marchés financiers. Sur ces derniers, les valorisations très élevées et les effets de leviers mis en place pour doper les rendements qui étaient courants avant la crise, vont être difficiles à maintenir.

Une réponse économique rapide et ambitieuse, mais parfois ambivalente

A la différence des années 30, au cours desquelles la réponse économique initiale avait été totalement contre-productive et avait probablement transformé une récession en dépression, les différents leviers ont été actionnés rapidement avec l’annonce de mesures d’ampleur sans précédent tant sur le plan budgétaire (2 trillions de dollars de déficit supplémentaire soit 10% du PIB américain) que monétaire (750 milliards d’euro de création monétaire annoncé par la BCE). Une des faiblesses majeures du Keynésianisme est de ne pas fonctionner en économie ouverte (on se rappelle du sort du plan de relance français de 1981). Or, pour la première fois, nous pourrions assister à une relance mondiale de facto coordonnée qui neutraliserait ce défaut.

Nos convictions

 

En période de crise, gardez des liquidités pour saisir les opportunités :

->En choisissant des fonds qui ont anticipé une marge de manœuvre (Chez Invest AM certains fonds ont jusqu’à 30% de liquidités)

->En préservant une poche de liquidités dédiée à ces investissements dans votre patrimoine

 

Evitez les placements sans risque dont le rendement restera nul, voire négatif, durablement.

 

Privilégiez les obligations et actions qui bénéficieront d’une prime de risque.

Cependant, il faut comprendre que ce sont des mesures palliatives qui permettront d’atténuer le choc mais pas de le faire disparaître. Dès lors, la perspective d’un retour à la fois rapide et à l’identique à la situation précédente parait illusoire.

 

En outre, l’intervention des Banques Centrales avait pour but d’améliorer la liquidité des marchés et de limiter les effets de la panique. Elles n’auront pas les moyens de contre garantir totalement ou même partiellement les pertes potentielles que subiront les investisseurs no-tamment sur le marché du crédit aux entreprises comme semblent le refléter les marchés actuels.

Les conséquences à moyen terme de la crise

1#

Une stagnation économique après un rattrapage 

Une fois les conséquences économiques de la sortie du confinement digérées, on assistera probablement à un rattrapage partiel de la croissance.

Cependant, cette dernière devrait rester médiocre pendant quelques années : l’augmentation de la dépense publique ne fera que compenser la diminution de la demande privée liée à la volonté des agents privés de re-constituer leur épargne, ainsi qu’à la moindre disponibilité du crédit, pour les opérateurs privés.

2#

Un retour progressif de l’inflation sur la décennie Initialement, l’économie mondiale est en train de subir un choc déflationniste comme le montre l’évolution des prix du pétrole. Cependant, de légères tensions inflationnistes pourraient resurgir dans un premier temps. Elles seront essentiellement liées à des pertes d’efficience du système du fait des surcoûts liés à une recherche d’une plus grande sécurité sanitaire, à une réorganisation de l’appareil de production par suite de faillites et enfin à une diversification de la globalisation (plus qu’à une véritable remise en cause).

3#

L'économie redémarrera de façon plus pérenne

Le choix devra alors être fait entre un retour de l’austérité pour financer l’endettement issu de la crise ou bien la poursuite du financement monétaire du soutien budgétaire direct à la demande. Nous faisons le pari que les gouvernements et les opinions publiques favoriseront en général la seconde option, même si on peut anticiper des débats animés du côté du conseil de la BCE.

4#

Une destruction d’épargne importante

À la différence de la crise précédente, nous assistons à une importante destruction du stock d’épargne mondial à travers la baisse des marchés financiers, la perte de revenus des agents privés et l’apparition de déficits publics importants. Ces derniers étaient probablement élevés comme le prouve la prévalence des taux négatifs avant la crise. La disparition d’une partie significative de l’épargne devrait donc permettre une remontée de la rémunération nominale de cette dernière. Dans un premier temps, cela se traduira par l’apparition d’une prime de risque sur les obligations privées et les actions.

En revanche, les placements sans risque et les obligations d’État afficheront un rendement nul du fait de la politique des Banques Centrales. Par la suite, une convergence progressive se mettra en place avec l’appréciation des actifs risqués et la baisse de valeur des obligations d’État.

 

En conclusion, une stagflation (combinaison de stagnation et d’inflation) après un choc économique exogène, nous rappelle les années 70 comme nous l’avons évoquée en introduction. Il y a bien évidemment des différences avec un environnement inflationniste à l’époque et une crise qui toucha principalement les USA et l’Europe contre une crise globale actuellement.

 

Cependant, le passage par une phase similaire pour digérer un choc de l’ampleur du Covid nous semble cohérent. Nous ne savons pas si nous assisterons au retour du « col pelle à tarte » et des « pattes d’éléphants », mais il ne faut pas oublier que les années 7O furent une époque de grande créativité artistique, mais aussi économique avec la naissance d’Apple (1975), ou bien de Microsoft (1976). Ce fut également le début de la saga Star Wars, dont le jour officiel est célébré le 4 mai, alors « May the 4th be with you ».

Rédigé par Gilles ETCHEBERRIGARAY,

Invest  AM du 18 mars au 4 mai 2020

Paul Cézanne- Le Cavanon de Jourdan

Article suivant

EPARGNE

IMPACTS/FONDS EUROS/ASSUREURS

LIRE LA SUITE

REVENIR AU SOMMAIRE

CONTACTEZ-NOUS
arrow&v

Les données transmises par le biais de ce formulaire sont destinées à CYRUS CONSEIL, en sa qualité de responsable de traitement, aux fins de répondre à votre demande. Vous pouvez consulter l'intégralité de notre politique de traitement de vos données personnelles sur notre page dédiée.

Vous disposez d’un droit d'accès, de rectification, d’effacement, de limitation, de portabilité et d’opposition pour motif légitime aux données personnelles vous concernant. Pour exercer l'un de ces droits, merci d’effectuer votre demande par e-mail à l'adresse suivante : service.juridique@cyrusconseil.fr ou par courrier postal en écrivant à : Cyrus Conseil, Service Juridique & Conformité, 50 boulevard Haussmann, 75009 PARIS.

Cyrus Conseil Paris | Siège social

50, bd Haussmann 75009 Paris

Tél.:  01 53 93 23 23

Les données transmises par le biais de ce formulaire sont destinées à CYRUS CONSEIL, en sa qualité de responsable de traitement. Ces données sont traitées avec votre consentement aux fins de vous envoyer des actualités et informations relatives à la gestion de patrimoine et aux activités du groupe CYRUS CONSEIL. Vous pouvez vous opposer à leur traitement à tout moment. Vous pouvez consulter l'intégralité de notre politique de traitement de vos données personnelles sur notre page dédiée.

Vous disposez d’un droit d'accès, de rectification, d’effacement, de limitation, de portabilité et d’opposition pour motif légitime aux données personnelles vous concernant. Pour exercer l'un de ces droits, merci d’effectuer votre demande par e-mail à l'adresse suivante : service.juridique@cyrusconseil.fr ou par courrier postal en écrivant à : Cyrus Conseil, Service Juridique & Conformité, 50 boulevard Haussmann, 75009 PARIS.

© 2020 Cyrus Conseil

CYRUS CONSEIL est le leader du conseil en gestion Privée, Gestion de Fortune et Family Office. Conseil en gestion de patrimoine, Cyrus Conseil vous accompagne dans la définition de votre stratégie patrimoniale, dans l’optimisation de votre fiscalité, dans le conseil de vos investissements financiers et immobiliers, dans la préparation de votre transmission

MENTIONS LEGALES